Une rupture technologique majeure
Un fossé technologique se creuse avec l'Europe
Alors que le gasoil B7 stagne à 1,69 €/L en France (février 2026), le constructeur chinois Yuchai annonce un moteur Diesel EREV qui produit 4,8 kWh d'électricité par litre de carburant, soit le double d'un générateur conventionnel. Sur un poids lourd parcourant 150 000 km par an, cela représente 10 000 € d'économie annuelle. Aucun constructeur européen – ni Renault, ni Volvo, ni Scania – n'a développé de système équivalent.
Trois innovations de rupture
Un volant d'inertie remplace la transmission classique
Le bloc Diesel de Yuchai ne propulse jamais les roues directement. Il fonctionne comme un générateur à régime constant. Yuchai revendique "zéro entretien" sur des durées d'usage prolongées, une affirmation inédite pour un moteur thermique. Le système réduit drastiquement le nombre de pièces mobiles comparé à un groupe motopropulseur Diesel classique.
- Volant d'inertie rigide : Fixé au vilebrequin, il stocke l'énergie cinétique lors des freinages et la restitue à l'accélération, éliminant les vibrations classiques des moteurs thermiques.
- Alternateur haute puissance : Transforme l'énergie mécanique en électricité avec un rendement supérieur à 90%, contre 75% pour les générateurs traditionnels.
- Pack batterie tampon : Stocke l'électricité produite et alimente un moteur électrique de traction, supprimant boîte de vitesses et embrayage.
Une efficacité record expliquée
4,8 kWh par litre : deux fois plus qu'un Diesel européen
Le Diesel à volant d'inertie produit 4,8 kWh d'électricité par litre de carburant, contre environ 2,5 kWh pour un moteur conventionnel utilisé en générateur. Cette efficacité record repose sur trois facteurs :
- Régime constant optimal : Le moteur tourne toujours à son point de rendement maximal (environ 1 500 tr/min), éliminant les pertes liées aux accélérations et décélérations.
- Récupération d'énergie cinétique : Le volant d'inertie stocke jusqu'à 15% de l'énergie qui serait normalement dissipée en chaleur lors des freinages.
- Suppression des pertes mécaniques : Absence de transmission par engrenages, différentiel ou arbre de transmission.
Sur un camion parcourant 150 000 km par an avec une consommation théorique de 30L/100km, la facture de gasoil pourrait chuter de 20 000 € à 10 000 € annuels. Yuchai propose une gamme de 15 à 450 kW (20 à 600 ch), compatible avec fourgons légers, bus urbains, engins de terrassement et tracteurs agricoles.
L'impasse stratégique européenne
Pourquoi Renault et Volvo n'ont rien développé de comparable ?
En Europe, Volvo a annoncé en novembre 2025 son intention de développer des hybrides à prolongateur d'autonomie (EREV), mais uniquement pour ses SUV XC90 et XC60, avec un lancement prévu en 2028. Renault, associé à Volvo dans la joint-venture Flexis, mise exclusivement sur des utilitaires 100% électriques depuis 2026, sans technologie EREV.
Trois raisons expliquent ce retard stratégique :
1. Normes Euro 7
La réglementation européenne, initialement prévue pour 2025 puis repoussée, décourage les investissements dans de nouveaux moteurs thermiques, même hybrides.
2. Subventions orientées électrique pur
Les aides à l'achat en France et Allemagne excluent les véhicules à moteur thermique, même en configuration EREV.
3. Infrastructures de recharge
Les constructeurs européens parient sur le déploiement massif de bornes rapides pour poids lourds, une stratégie qui peine à se concrétiser depuis 2020.
Pendant ce temps, Yuchai collabore avec Dongfeng, BAIC et la division moteurs de Rolls-Royce. L'entreprise vise à dominer la chaîne d'approvisionnement mondiale des EREV d'ici 2040.
Des tests en conditions réelles attendus
Les promesses Yuchai manquent encore de transparence
Le système a été validé en laboratoire et sur banc d'essai fin 2025. Des prototypes circulent actuellement en Chine sur des lignes de bus urbains et dans des flottes de livraison, mais aucun retour d'expérience public n'a été publié à ce jour.
Les conditions réelles d'exploitation restent à vérifier : trafic dense avec arrêts fréquents, températures extrêmes (-20°C en hiver scandinave, +45°C en été méditerranéen), charges variables entre 3,5 et 44 tonnes. Le chiffre de 4,8 kWh/L correspond-il à un cycle normalisé ou à une utilisation moyenne réelle ?
Si la technologie tient ses engagements, elle pourrait bouleverser la décarbonation du transport lourd en Europe, où l'électrique pur ne représente que 8% des ventes de poids lourds en 2025. La ZFE du Grand Paris, qui maintient une tolérance jusqu'en décembre 2026 sans sanctions pour les véhicules Crit'Air 3 et 4, pourrait accélérer l'adoption de cette technologie si elle obtient une homologation européenne.

Expert Automobile




